Evolution du XIX siècle
La ruche humaine...
Inventions et productions

De la révolution française à la grande crise de 1929, cette période marque la naissance de l'ère industrielle. Le déclin de l'aristocratie, au bénéfice de la bourgeoisie bouleverse autant les équilibres sociaux que culturels: voici les débuts de la culture de masse, avec la mode des concerts, la construction de grandes salles de spectacle.

Cette ère du Fer et du Charbon célèbre la ruche humaine au travers des valeurs telles que le Travail, la Famille, la Patrie (slogan de triste mémoire dans la France des années 1940). Elle abolit l'esclavage individuel dans le même temps ou se développent colonisation et comptoirs commerciaux du Tiers monde.

La facture instrumentale devient scientifique, on améliore (standardise aussi) les timbres, les puissances sonores. Les Fabriques produisent des instruments en masse, et déploient des circuits commerciaux vers la province et l'étranger, avec les débuts de catalogues de vente par correspondance.
Curieusement à l'opposé de ces valeurs de masse, l'interprétation musicale s'individualise, des stars apparaissent. C'est aussi le siècle de l'invention, du dépassement des capacités humaines.
Les expositions universelles couronnent les prouesses de génies, artistes, inventeurs ou capitaines d'industrie.


Catalogue de 1887



Brevet Consili 1879
La construction de la Tour Eiffel, la virtuosité d'un Paganini n'en témoignent ils pas ? Parmi les nombreux brevets d'invention déposés pour la facture instrumentale, un certain nombre contribue à repousser les limites des capacités humaines, à contraindre l'humain aux mêmes progrès technologiques que les instruments : des accessoires métalliques pour étirer les doigts, des potences pour redresser la tête du jeune violoniste, et j'en passe.Aussi, la médaille a son revers; ces valeurs mettent en place des règles sociales draconiennes, ou de sombres morales représentées par exemple par le puritanisme Victorien. Quelle déchéance pour l'individu humain…

Les accessoires de lutherie au XIXè siècle

CHEVILLE
La cheville plate, désormais en ébène, ou en poirier teinté noir, reste un modèle ordinaire.
On trouvera souventen France, des chevilles en Palissandre, très appréciées à cause de leur qualité pour l'accord.

Puis apparaîtra le cheville creuse,
Cheville cello creuse Laberte
et enfin
la cheville à boudin

CORDIER
Il devient plus épais, pour résister à une plus forte tension des cordes, mais rétrécit en largeur, peut être pour économiser du bois. Il est bien plus bombé, désormais son arrondi a la même courbure que le chevalet, et cela renforce la puissance du Mi & du Sol.
La corde d'attache au bouton, "en cavalier" est progressivement abandonnée, au profit du système moderne, longitudinal. Cette attache est en fil de métal dur, ou en brins de boyau.



Cordier nacre
C'est certainement un moyen de renforcer
la puissance,et la dureté de l'attaque sonore.

Enfin, on commence à décorer les cordiers,
avec des fleurs de nacre, vers 1870.


MENTONNIERE
La naissance de la mentonnière : Une caricature, de 1833, parle de ce "fameux champignon qui avait poussé au bord des violons". Il est à ses débuts très discret : une simple languette d'ébène.
Il paraît évident que cette pièce rapportée bride la sonorité du violon, mais en revanche, elle réduit l'usure de la table de résonnance, dont l'épicéa, ce bois tendre, est abimé par les poils de barbe, ou l'acidité de la transpiration.
 

Elle contribue à la standardisation de la position de jeu du violoniste, et lui permet sécurité et vélocité. A la fin de cette période, si son adoption est unanime, tout n'est pas résolu : le musicien a mal au cou, a la peau irritée.
Cette pièce de bois devrait permettre un contact intime avec le violoniste, au point de laisser croire que le violon est un prolongement naturel de son âme et de son corps… Il n'en est rien, cette mentonnière focalisera bientôt tous les bleus de l'âme et du corps, et il y en a... mais elle cristallisera aussi tous les maux imaginaires, les mal-être de l'humain ordinaire.

PIQUE DU VIOLONCELLE
A l'époque baroque, le cordier était attaché à un bouton, au bas de l'instrument, comme pour le violon. Tout comme la basse de viole, le violoncelle était alors tenu entre les jarrets, ce qui en réduisait la puissance sonore. Voilà qui importait peu, puisque son rôle, dans le continuo, tenait la rythmique, et enrichissait l'harmonie, bien à l'ombre des instruments du dessus, mélodiques et envahissants, comme le violon ou le hautbois.
Le XIXè siècle le fait sortir de ce rôle indispensable et effacé, car le violoncelle gagne en puissance, élargit sa tessiture et se trouve enfin une littérature musicale. Il trouve enfin une place à part entière.
Il est à noter que son usage reste masculin, et toujours déconseillé aux femmes, pour une raison aujourd'hui futile. Il s'agit de l'indécence de la position de jeu, qui 100 ans plus tôt ne gênait personne lorsqu'une femme était à la viole de gambe …Il s'est agi plutôt de réserver aux hommes la nouvelle place de soliste que le violoncelle pouvait offrir.

L'arrivée de ce court piquet, souvent en bois, et de plus démontable, permet une plus grande proximité du buste avec l'instrument, et une meilleure sécurité dans les passages rapides, et dans le jeu des aigûs.


Pique Mirecourt en ébène,18cm


Pique "moderne" maximum 18cm
BOUTON
Quelle pièce peut être plus simple que le bouton du violon ? Voilà pourtant quelques modèles améliorés:

Le bouton Hel dévissable, pour visionner le réglage d'âme, et le bouton avec le La du diapason incorporé.

CURIOSITE

Pour finir, voici encore une curiosité représentant bien ce siècle :


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