
| Alors que le violon se fabrique avec de l’érable ondé et du sapin pour la table de résonnance depuis 300 ans, les bois utilisés en accessoires ont connu une plus grande diversité. Leur fonction mécanique impose une bonne résistance à la traction (pour les cordiers), à la torsion (pour les chevilles), ou à l’usure (pour la touche).
Avant l’ère industrielle et coloniale, les bois européens, durs, à grain fin étaient employés (dont le pommier, le prunier). Certains sont naturellement "gras" et grâce à la finesse du grain, on obtient un poli admirable. Le cormier (Sorbus domestica) est un autre fruitier sauvage, très dur et résistant à l’usure, il était par ailleurs utilisé pour les semelles de rabot, ou les dents d’engrenage des moulins. |
![]() Pin centenaire | |
| Dans les pays méditerranéens, les arbustes de Garrigue qui poussent très lentement ont été utilisés en tabletterie pour les objets des arts de la table, les petites boites (à lunettes, à peignes, à couture...) Il leur a fallu souvent plus d’un siècle de croissance pour atteindre le diamètre d’une bouteille. Plus tard, l’exploitation des richesses coloniales ouvre à l’utilisation intensive de l’ébène. Ce bois noir, très dur, vient d’Afrique, Madagascar ou des Indes. Là aussi, ses qualités exceptionnelles surpassent la plupart de nos bois européens. D’abord utilisé en fin placage sur les touches et cordiers (c’est un bois très lourd, et cher à l’époque), on en vient à l’utiliser en pièces massives. En effet, depuis le XIXè siècle, les instruments ont des cordes bien plus tendues, afin de gagner en puissance sonore. La conséquence en est l’alourdissement des accessoires,effet certainement préjudiciable à la richesse du timbre sonore. | ||
Cette mode pour le noir, typique du second empire Napoléonien, ou de l’ère Victorienne marque la fin du XIXè siècle. Elle exprime la culture de la première révolution industrielle, sévère et puritaine. Ainsi les accessoires sombres se détachent visiblement bien sur l’instrument, et mettent en valeur la pureté de ses lignes. Elle s’oppose par sa raideur au flamboyant et multicolore baroque des 2 siècles précédents. C’est la fin des têtes sculptées en place des volutes, de l’abondance des marquetterie et décors comme sur le Hellier violon de Stradivarius 1679. |
Hellier Violon de Stradivarius |
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| A l’inverse, le gout germanique, de la Hollande à la Suisse, reste fidèle à l’ébène jusqu’à nos jours. L’Angleterre, avec la maison Hill, a pérennisé l’usage italien du buis pour les plus beaux instruments.
Nous reconnaissons tous le rôle fondamental de la lutherie italienne. On ignore souvent que leurs ancêtres les Romains, lors des invasions, ont apporté le buis en Angleterre pour leur usage religieux. Si nous devons le violon à l'Italie, nous leur devons aussi l’origine de ce goût anglais pour les accessoires en buis. Enfin dans les années récentes, il faut citer l’usage du Pernambouc pour les cordiers -sorte d’accacia brésilien utilisé par les archetiers-. Initialement connu comme bois tinctorial (le rouge violet) par les drapiers de Mirecourt, le hasard a voulu qu’un archetier en découvre les propriétés d’élasticité et de rigidité-un vrai ressort-pour ses meilleures baguettes d’archet. |
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![]() Fond du Rocca |
Bois ondé Les bois ondés (ou flammés) sont utilisés en lutherie. On apprécie certainement la beauté des ondulation du bois d’érable sous le vernis, mais il y a aussi une raison acoustique. |
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A la manière d’une tôle ondulée, dont les ondes rigidifient cette plaque dans le sens des ondulations, les ondes du bois rigidifient la voûte de l’instrument dans sa largeur. Ce sont autant de lignes de force de la transmission sonore. |
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Bois ondulé Les bois ondulés sont plus difficiles a travailler, c’est pourquoi ils apparaissent de moins en moins dans l’ébénisterie moderne, alors que de nombreux vieux meubles en noyer, érable, frêne ou peuplier en sont discrètement décorés. L’origine de cette propriété du bois est encore inconnue. |
![]() Manche de hache en Frêne ondé brisé | |
Le buis, toujours vert (Buxus Sempervirens), est un arbuste mediterrannéen. Rarement plus gros qu’une bouteille, il lui faut pousser 150 ans pour atteindre cette taille vénérable. C’est un des plus fins et durs bois européens. D’une belle couleur jaune et obéissant sous l’outil du sculpteur ou du tourneur, il se prêtera aux plus délicates moulures, laissant une finition de marbre.
Utilisé au moins depuis l’époque romaine, à des usages magiques, rituels ou médicinaux, ainsi que pour une foule d’objets domestiques, on comprendra, malgré sa rareté toute son importance. Il fut le matériau favori d’une corporation aujourd’hui disparue, la tabletterie. Elle comprend la fabrication des pièces de cuisine, de l’art de la table, les nécessaires à couture, à toilette, boites et coffrets, pièces de jeux, outils et manches, instruments de musique... Pour comprendre l’importance de cet ancien métier "à tout faire", il faut se rendre compte de toutes les facilités que nous devons à l’ère industrielle; l’usinage du métal (ou du plastique), précis, rapide, et automatisé. Les objets usuels, sont aujourd'hui bon marché, et facilement remplaçables. Les derniers usages du buis sont rares : pièces de jeux (échecs), et quelques outils de précision. La mode du retour au baroque dans la musique, a réhabilité ce bois : flûtes ou accessoires de violon en buis représentent aujourd’hui un summum de la qualité. |
![]() Marteau d'empailleur ![]() Oeuf à repriser ![]() Boule de pétanque |
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L'exploitation des buis, pour Bois d'Harmonie représente donc une étape capitale. Ce bois local se trouve en moyenne montagne, éloigné de tout chemin d'accès. Après un repérage des arbres intéressants, il faut choisir un jour de fin d'automne, juste après la pleine lune pour aller le couper, avant les neiges : ainsi la sève est au plus bas. Cela facilitera le séchage. Comme il pousse dans les falaises calcaires impraticables, son transport se fera à dos d'homme. Il va être entreposé dans une cave saine, ou il va lentement perdre son humidité, et se stabiliser pendant une dizaine d'années avant d'être utilisé. Ce n'est heureusement pas une essence en voie de disparition : L'arrêt de l'exploitation traditionnelle, depuis une trentaine d'années laisse de très beaux sujets se développer, en particulier dans des zones inaccessibles. En plaine il est considéré comme un nuisible envahissant, alors qu'il représente au contraire, avec le chêne, les premiers indices de reforestation des terres désertiques. | ||