
Le chevalet est le centre de gravité acoustique de l’instrument. C’est le point source du son ; aussi est-il normal qu’il ait capté le centre d’intéret : chaque luthier y apporte un soin extrême, autant pour sa conception, que sa réalisation pratique. Cette pièce, faite et refaite si souvent ouvre le champ à l’expérimentation et à l’usage de petites recettes personnelles. Elle reflète le fabricant, et le sens profond de son travail, qui amène l’instrument au sommet de ses possibilités. Une telle focalisation a souvent laissé dans l’ombre les autres pièces, à savoir, les accessoires.
Pourtant, les accessoires d’un violon (touche comprise) atteignent le quart de son poids total. Je me suis demandé pourquoi ces accessoires, honnêtes composants d’un bel objet que l’on nomme violon, ont tant évolué. La mentonnière, 5 fois plus grande qu’il y a 100 ans. La pique de cello qui s’est allongée du triple dans la même période, alors que les instruments ont peu évolué, cela pose question!! Ces accessoires, point de liaison avec le musicien, ont été les premiers à répondre aux modifications techniques demandées par l’évolution musicale et culturelle. |
Ces transformations dans l’accessoire respectent-elles l’instrument? Lui laisse-t-elles toutes ses capacités sonore? Mais revenons au cordier de violoncelle. Au niveau de sa fonction acoustique et mécanique, il est clair qu’un bon cordier ne fera de miracle, ni sur un Strad, ni sur une caisse à savon, mais son aide est précieuse. Voilà une étude qui a intéressé peu de luthiers, sans doute parce que cette pièce, industrielle, est d’origine externe à l’atelier. Le cordier est posé bien souvent telle quel. Le luthier doit donc "faire avec", et jouer sur d’autres paramètres au réglage sonore. L’évolution de la pièce depuis 100 ans, ne me parait pas liée aux besoins acoustiques, mécaniques ni esthétiques de l’instrument, en voici quelques exemples... |
![]() Cordier violon XIXè, français Large et léger (11.2 grammes) ![]() Cordier violon XXè, français plus étroit, épais, & lourd (13.8 grammes) |
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| Depuis un siècle, l’industrie allemande de l’accessoire musical a fourni, et fournit encore le monde entier. Son mérite a été de participer efficacement à la démocratisation de la pratique musicale : solide et pas cher. Les fabrications françaises et anglaises, connues depuis le XIX siècles se sont éteintes dans les années 50. Je pense à M. Ruer de Mirecourt ou la maison Hill de Londres. |
![]() Cordier allemand-Markneunkirchen 1928 ![]() Cordiers allemands-Mittenwald 1980 |
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Voyons quels sont les modèles de cordier de violoncelle proposés aujourd’hui sur le marché :
Le Pusch : son système avec beaucoup de pièces métalliques est peu efficace au réglage de l’accord. Il avait pour lui d’être le seul cordier en bois, du marché. L’Akustikus en plastique, fonctionne très bien, et n’est pas cher. Je regrette son aspect esthétique, et son poid (autant qu’un cordier traditionnel en ébène). Le Wittner, qui je pense est très utilisé, car esthétiquement plus réussi , et qui fonctionne bien. Sa matière en fonte d’aluminium, le pénalise au niveau du poids (50% de plus qu’un cordier en ébène). La question de la légèreté de cette pièce a été le point de départ de mes questions.
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Le point de départ du son est bien au chevalet. Sa liberté d’oscillation d’un pied sur l’autre, ou sa liberté de se dandiner, me paraissent primordiales.
J’ai donc fait une expérience. Pendant le jeu d’un violoncelliste, j’ai fixé à différents endroits du cordier, une masselotte de 40 grammes, un petit serre-joint. L’équilibrage des 4 cordes s’est tout de suite modifié, et l’endroit qui était le plus critique, était en haut, au départ des cordes : un son inégalement éteint, une réponse sonore moins rapide. L’excès de poids des tendeurs serait donc une sourdine. C’est ce qui m’a amené a concevoir un nouveau cordier, la gamme "Harmonie" : tendeurs en composite très légers, incorporés sur un beau cordier en bois (ébène ou buis) léger lui aussi. La rigidité, ou la conductibilité sonore du matériau du cordier parait moins importante.Cependant les essais comparatifs entre un cordier en ébène lourd, le Grenadille, et un cordier léger en Pernambouc me paraissent significatifs. Malgré cela, dans cet essai, deux familles de sons sont apparues :
Pourquoi utiliser du pernambouc? On s’en était déjà servi à Mirecourt pendant la guerre, lorsqu’on a manqué d’ébène, pour faire des cordiers. A l’époque, personne n’y a rien trouvé d’intéressant pour le son. J’y reviendrai . |
Si l’on n’utilise hélas plus le boyau traditionnel c’est pour faciliter le réglage de la longueur chevalet-cordier. L’usage du nylon fileté s’est malheureusement généralisé sans avoir pris le temps de comparer les qualités respectives du nylon et du boyau.
Encore une fois, un matériau mou comme le nylon est plus disposé à amortir la vibration du cordier, donc de freiner le dandinement du chevalet. En témoignent deux petites expériences : |
La qualité du son me parait incontestablement liée à la liberté de rotation du cordier.![]() La longueur et l’écartement des 2 brins de la corde d’attache jouent sur la liberté de mouvement du cordier. |
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1- Immobilisation légère du pied du cordier à l’aide de deux planchettes reposant sur le bord de la table : Le son s’assourdit, perd en puissance. L’étude des sonagrammes montre une réduction importante de l’énergie acoustique en dessous de 1000 Herz. On est là, dans la même situation que la viole de gambe, où le pied du cordier est fixe. 2- L’élargissement ou le resserrement des deux brins de la corde d’attache modifie l’équilibre sonore des 4 cordes. |
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L’utilisation d’une attache en fil d’acier parait souvent convenir aux luthiers, au moins au niveau acoustique, sinon esthétique.Je n’en connais pas la cause, mais l’acier est plus raide que le nylon, et les deux brins de l’attache dans ce montage sont souvent plus rapprochés.
Ainsi, privilégier la possibilité de vibration du cordier, par différents moyens me parait intéressant. Quelques essais restent à étudier, par exemple: |
![]() Corde d’attache baroque, en cavalier : meilleure liberté de rotation du cordier. ![]() Corde d’attache moderne |
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Bien d’autres expériences sont à mener, pour les cordiers, comme :
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Comment valider les "progrès" ou les "résultats" de l’expérience? C’est un problème pour moi, et je voudrais vous raconter l’épisode du Pernambouc.
Une expérience a été lancée il y a 3 ans à Tokyo par un luthier français , pour des accessoires -surtout des cordiers - en bois de pernambouc. J’en ai été le fabricant. Au début je ne croyais pas aux vertus de ce bois, et j’ai pensé que les qualités commerciales ou charismatiques de ce luthier imposaient cette mode. Pour les musiciens, le résultat était miraculeux. Mais d’où venait l’origine de ce résultat? De leur tête? ou bien du pernambouc ? J’ai alors tenté une expérience avec deux groupes de luthiers: Je demandais à ceux du premier groupe (des gens plutôt favorables aux essais novateurs)d’essayer ce nouveau cordier extraordinaire. Le second groupe, choisi parmi des luthiers qui doutaient fortement, devait aussi essayer le cordier. Or le résultat de ces 2 groupes a été identique. 6 sur 10 trouvaient une amélioration : rapidité et facilité d’émission sonore, ouverture de l’instrument, et parfois diminution de certains parasites. On peut conclure que dans cette situation, le produit a parlé sans trop (ou malgré), les interférences humaines : l’expérience me parait alors valable. Je me pose donc la question de la validité des méthodes expérimentales, sachant que jamais un instrument ne sera réglé ni joué deux fois pareil. Les résultats même s’ils sont réels ne seront pas pour autant applicables à l’instrument du voisin...A travers cette évolution du siècle passé, j’ai montré que le cordier est devenu étranger à l’instrument. Pour le luthier, comme pour le musicien, l’accessoire se borne souvent au rôle mécanique qu’il doit remplir. |